Des amis de l’Alliance française témoignent

2012, l’année de la langue française en chine

Chongqing

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LI Keyong

Président de l’Université des études internationales du Sichuan et de l’Alliance française de Chongqing

« Le français est devenu mon oxygène, je le respire, j’en vis, je l’enseigne ! »

Pouvez-vous nous parler de votre engagement dans l’Alliance française ?

En tant que président d’une université soucieuse de son internationalisation, il était particulièrement important pour moi d’accueillir sur notre campus des institutions comme l’Alliance française, l’Institut Goethe ou l’Institut Cervantes ; cela ne pouvait qu’enrichir les manifestations culturelles dans notre ville. Ma francophonie explique ma détermination particulière en ce qui concerne l’Alliance française.

Pendant mon premier mandat de président d’université, je me suis battu pour la création de cette Alliance, car la Fondation Alliance française à Paris n’avait pas le projet d’installer d’autres Alliances françaises que celle de Chengdu (chef-lieu de la province voisine du Sichuan) dans cette grande région du sud-ouest de la Chine. Avec le soutien de la Ville et du Consulat général de France à Chengdu, je suis allé voir M. Jean-Claude Jacq, secrétaire général de la Fondation Alliance française, en 2006, lors de sa visite à Beijing. Cette rencontre a été constructive et encourageante. Il y a eu beaucoup de rencontres et de discussions avant l’ouverture officielle de l’Alliance française de Chongqing en novembre 2008.
L’Alliance de Chongqing a aujourd’hui quatre ans, elle est encore toute jeune, mais a pu bénéficier du dynamisme de sa première directrice, Marie-Hélène Lhez. Elle est de plus en plus connue par le public de Chongqing, par ses formations linguistiques de qualité et ses nombreuses manifestations culturelles. Nous sommes fiers d’elle et pour elle. Nous veillons à ce qu’elle se porte bien et lui accordons notre attention et notre soutien de façon permanente. Avec son nouveau directeur, Xavier Certain, je la sais entre de bonnes mains.

Quels sont vos liens avec la langue et la culture françaises ?

C’est tout à fait par hasard que je suis devenu francophone et francophile. Je fais partie de ceux qui, après la chute de « la bande des quatre », ont eu la chance de passer le concours national d’entrée à l’université. Grâce à la clairvoyance de Deng Xiaoping, les universités chinoises ont rouvert leurs portes au printemps 1978. Et j’ai été heureux de réussir le concours du premier coup. Mais le français n’était pas mon choix, je n’avais jamais imaginé qu’un jour je vivrais du français. J’aimais plutôt les sciences et l’anglais. A l’époque, l’examen d’anglais n’était pas obligatoire, mais j’ai demandé à passer l’épreuve écrite et orale. Je me souviens encore de l’oral : quand le professeur m’a demandé « Pourquoi étudiez-vous l’anglais ? », je lui ai répondu presque simultanément : « J’étudie l’anglais pour la Révolution ! » Comme beaucoup de gens à l’époque, j’aurais accepté n’importe quelle discipline dans n’importe quel établissement, afin de pouvoir devenir étudiant. Obéir à l’affectation du pays était le noble slogan de notre époque !

Quand, un jour, le facteur m’a apporté l’avis d’admission de l’université dont je suis aujourd’hui président, quelle grande surprise ce fut ! J’étais admis dans la section de français ! C’est ainsi que j’ai pu étudier cette langue durant quatre ans, puis être recruté pour l’enseigner. Au bout de dix ans d’études et d’enseignement, j’ai pu obtenir une bourse du gouvernement français et j’ai choisi Toulouse, qui est jumelée avec Chongqing, pour un stage de perfectionnement et pour poursuivre des études en linguistique. Je crois que le français est devenu mon oxygène, je le respire, j’en vis, je l’enseigne à mes étudiants, et je cherche à être un acteur de son développement. Je crois que sans la langue française, je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui.
J’ai été décoré du grade de Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques en 2003 et je suis entouré d’une famille francophone : ma femme a été une camarade de classe et on peut dire que la langue française fut notre « marieuse » ! Sur nos conseils, ma fille a fait quatre ans de français et étudie l’industrie culturelle aujourd’hui à Paris VIII en Master 2.

Avez-vous une anecdote au sujet de la langue française ?

Quand j’étais en fin de première année de français, j’illustrais mes dictées chaque fois qu’elles étaient corrigées. Je me souviens d’une dictée au sujet de l’Exposition universelle de Paris en 1889 : il s’agissait de la tour Eiffel et j’ai dessiné avec soin la tour que j’imaginais. Quand, un jour, un lecteur français m’a montré une photo de la tour, j’ai été rouge jusqu’aux oreilles, car j’avais dessiné un stupa, à cause de la traduction du mot « tour » en chinois : « ta » qui signifie « pagode ». Cet exemple me sert aujourd’hui dans mon cours de linguistique, en traitant des termes comme « signifiant », « signifié » et « référent ».

Alliances n°7

Alliances est le magazine d’actualité du réseau des Alliances françaises en Chine.
Le dernier numéro est consacré à l’année de la langue française en Chine.
Yamina Benguigui, Ministre déléguée à la Francophonie signe l’éditorial.
Interview de M. François PERRET, directeur du Centre international d’études pédagogiques (CIEP) sur les diplômes de français en Chine. .
Retour sur certains projets du réseau Chine en 2012.

- 3 outils pour accompagner les équipes enseignants à l’utilisation des tableaux blancs interactifs (TBI).

- un kit Bibliothèque de l’Apprenant (BDA) identique pour l’ensemble des médiathèques du réseau.
Deux nouveaux partenaires pour le réseau Chine : la Bibliothèque nationale de France et l’Académie Charles Cros pour la tournée musicale de la Francophonie.

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