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« Le français, réceptacle d’œuvres majeures de l’esprit »

Retour, avec Thierry Grillet, de la Bibliothèque nationale de France, sur « En français dans le texte », une exposition sur le livre en français à travers les siècles, présentée dans les Alliances françaises de Chine.

Que représente l’exposition « En français dans le texte » dans les Alliances françaises en Chine et à la Bibliothèque centrale de Hong Kong ?

« En français dans le texte » est une exposition sur la langue, sur la culture. Elle raconte la manière dont l’imprimé et la civilisation de l’imprimé ont porté, depuis le XVIe siècle, la langue française à travers ses réalisations les plus spectaculaires. C’est donc une exposition sur le livre en français, qui a souvent été écrit à l’étranger et par des étrangers. Par exemple, le physicien et astronome Huygens, un Hollandais du XVIIe, écrit son système scientifique en français ; Giacomo Casanova, le Vénitien, l’aventurier qui traverse l’Europe au XVIIIe siècle, écrit ses mémoires en français ; Beckett, qui est irlandais, écrit en français.

On voit à quel point le livre français a pu être le réceptacle d’expressions fort différentes : culture scientifique, culture littéraire, voire tout simplement autobiographies en français. C’est la raison pour laquelle cette exposition est importante : elle montre que le français a pu être, avant même d’être une langue véhiculaire pour un certain nombre de pays, une langue de culture – langue de l’affranchissement et de la libération sur le modèle da la Révolution française –, réceptacle d’œuvres majeures de l’esprit.

Quels sont les liens de la Bibliothèque nationale de France (BnF) avec la Chine ?

La BnF a peu de contacts avec la Chine, en dehors des relations avec les collègues chinois. Elle n’a pas l’habitude d’organiser de grandes expositions à la manière du Louvre, mais elle trouve un intérêt formidable à venir profiter du réseau des Alliances françaises pour « passer la tête » en Chine. La BnF est à la fois un lieu de collection, un lieu patrimonial, mais aussi, comme le disait l’abbé Bignon, grand garde de la bibliothèque royale sous l’Ancien Régime, « un atelier de l’esprit », un endroit où les idées se forgent, se forment, se diffusent, infusent, se transmettent, s’échangent… Un lieu d’échanges, un lieu ouvert que l’on souhaite valoriser davantage en Chine, dans les Alliances françaises, mais également, comme j’ai eu la chance de le faire en juin dernier, dans les départements de français des universités chinoises et dans certains musées.

Que retenez-vous de votre tournée en Chine ?

J’ai vraiment beaucoup aimé toutes ces rencontres. J’ai eu la chance de faire des conférences devant des auditoires très importants et très attentifs, dans des bibliothèques et des campus d’universités chinoises. On y perçoit une grande francophilie, une grande curiosité, de la bienveillance et beaucoup d’appétence, qu’il faudrait encore développer.

Ce qu’il me reste, c’est un livre ! Comme vous m’avez donné l’opportunité de parcourir la Chine pendant une dizaine de jours, j’ai écrit quelques notes pendant les vols intérieurs. J’ai repris toutes ces notes et j’en ai fait un livre, qui devrait sortir au printemps prochain.

Quel thème a été retenu pour la deuxième année de partenariat avec le réseau de l’Alliance française en Chine ?

Le portrait de la France de l’entre-deux-guerres vu par deux photographes, les frères Seeberger, qui naviguent dans la haute société parisienne, à travers les sites privilégiés de villégiature que sont Deauville, Cabourg, Monaco, Cannes, Nice, Gstaad, Biarritz, Plombières-Les-Bains… où toute cette société dorée a l’habitude de se retrouver, de prendre du temps, et, au fond, de rivaliser d’élégance. La mondanité rejoint la mode. A l’époque, quand on fait de la photographie de mode, on photographie bien sûr quelques mannequins, mais ce sont principalement les personnalités qui portent les créations, qui font la mode. C’est la préhistoire du luxe à la française tel qu’on le connaît aujourd’hui, que ce soit Vuitton, Dior, ou d’autres. Il y a quelque chose de très historique, et en même temps de très actuel, qui fait rêver. C’est le moment où cette haute société rencontre et fréquente la société des artistes. C’est cette société assez mélancolique décrite par Jean Renoir dans le film La règle du jeu, avec ses codes, ses règles non écrites ou, d’une certaine manière, dans la sophistication des salons proustiens, tels que ceux qu’A la recherche du temps perdu décrit et déchiffre même, un monde vraiment différent auquel la Deuxième Guerre mondiale va mettre un terme définitif. C’est ce double cercle de la mode et du monde que les frères Seeberger documentent avec talent et saisissent sur leurs clichés en noir et blanc.

Quels mots choisiriez-vous pour décrire le réseau de l’Alliance française en Chine ?

Dynamisme : avec très peu de moyens, les Alliances font beaucoup de choses. Le réseau se démène avec des gens qui ne comptent pas leur énergie et qui ont beaucoup d’idées.

Créativité, inventivité et curiosité : il faut pouvoir trouver les bonnes idées, engager des paris. Au fond, ce n’était pas évident de faire quelque chose sur la culture française dans les livres, donc c’est une prise de risque. C’est moins simple qu’une exposition sur des sujets plus connus.

Expertise sur la Chine : on constate une connaissance très intime, à la fois très amicale et sans illusion, du terrain culturel local.

propos recueillis par

Rachel Blessig

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la bibliothèque nationale de france

nouveau partenaire du réseau chine en 2012

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Charles Baudelaire,« Les Fleurs du mal », éditions Poulet-Malassis et De Broise (Paris), 1857, dédicace de l’auteur.

« Le livre en français a souvent été écrit à l’étranger et par des étrangers. »

Alliances n°7

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Le dernier numéro est consacré à l’année de la langue française en Chine.
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