A l’occasion de la sortie du coffret des éditions de l’EHESS Faire des sciences sociales, l’ambassade et l’AFX organisent deux conférences en sciences sociales les 28 et 29 octobre 2013 en collaboration avec les universités Xisu et Xida.

A l’occasion de la sortie du coffret des éditions de l’EHESS Faire des sciences sociales, l’ambassade et l’AFX organisent deux conférences en sciences sociales les 28 et 29 octobre 2013 en collaboration avec les universités Xisu et Xida.

Accompagnés d’Anne Madelain, responsable du développement international des éditions de l’EHESS, deux éminents spécialistes des sciences sociales, Cyril Lemieux et Emmanuel Désveaux, directeurs scientifiques de la trilogie Faire des sciences sociales, donnent des conférences dans les départements de sciences humaines de l’université du Nord-ouest le 28 octobre et de l’université des langues étrangères de Xi’an le 29 octobre 2013 à 16h. Entrée libre et ouvert à tous !

Les Editions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales

L’activité éditoriale de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales s’inscrit dans la tradition et la vocation de l’institution, depuis 1947.
Les Éditions de l’EHESS ont pour mission de faire connaître et diffuser, auprès de la communauté scientifique et d’un public curieux des sciences sociales, des recherches exigeantes et novatrices. En accord avec la tradition expérimentale de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, elles participent à l’exploration de nouveaux champs de savoirs et travaillent au projet intellectuel des sciences sociales, dans la pluralité des manières de faire, des terrains et des périodes qui organisent ces disciplines.

Les Éditions de l’EHESS accueillent les résultats de recherches inventives, qu’il s’agisse de premiers livres ou de recherches confirmées, conduites au sein de l’EHESS ou venant d’horizons différents, français et étrangers, mais intellectuellement proches d’elle.
Le fonds des Éditions comprend des travaux qui ont durablement influencé la vie scientifique depuis un demi-siècle. Ce fonds est constitué de neuf cent titres, dont six cent cinquante sont encore disponibles. Il s’accroît en moyenne d’une trentaine de titres par an, en histoire, histoire de l’art, anthropologie, sociologie, économie, linguistique et sémiotique, psychologie, géographie.
À côté d’une dizaine de collections annuellement alimentées, les Éditions de l’EHESS assurent l’édition de sept revues de rayonnement international, qui contribuent à la circulation des débats et de l’actualité des sciences sociales. Revues de références dans leur discipline, notamment en histoire et en anthropologie, les revues des Éditions de l’EHESS favorisent une approche interdisciplinaire et renouvellent l’étude des aires culturelles.

Les Éditions de l’EHESS sont en outre organisatrices de rencontres et débats liés à la production de leurs ouvrages. Elles initient de grands projets transversaux qui agitent aujourd’hui la communauté des chercheurs en sciences sociales. Elles animent aussi une réflexion sur la place et le devenir du livre et de l’édition en sciences sociales.

Cyril Lemieux

Cyril Lemieux, 45 ans, est sociologue. Après une thèse soutenue en 1997 sous la direction de Luc Boltanski, et trois années passées au laboratoire de sociologie de l’INSEP (l’Institut national du sport), il a été élu maître de conférences à l’EHESS en 2001, puis directeur d’études en 2011. D’abord affecté au SHADYC, à Marseille, il a rejoint en 2004, à Paris, le Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) au sein de ce qui allait devenir l’Institut Marcel Mauss. De 2006 à 2009, il a été responsable pédagogique adjoint de la formation « sociologie » et de 2010 à 2012 directeur-adjoint du GSPM. Entre 2004 et 2011, il a également eu la responsabilité de la filière « sociologie » des Collèges universitaires français de Moscou et de Saint-Pétersbourg, avec lesquels l’EHESS est partenaire.
Ses travaux portent sur les transformations du travail journalistique et sur les processus de médiatisation, domaine dans lequel il a publié, entre autres, Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques (2000) et, plus récemment, La subjectivité journalistique (2010). En lien avec ces recherches empiriques, une partie de son travail est consacrée à la théorie de l’action et au statut épistémologique et politique des sciences sociales. Dans ce domaine, il a notamment publié Le devoir et la grâce. Pour une analyse grammaticale de l’action (2009), un livre dans lequel il a tenté de proposer une synthèse entre les perspectives pragmatiste et durkheimienne. Il anime cette année plusieurs séminaires, à Paris et à Marseille, autour de l’analyse des controverses, du traitement médiatique de la sphère politique, des rapports entre sociologie et philosophie ou encore, de l’œuvre de Pierre Bourdieu.

Emmanuel Désveaux

Après des études d’histoire, de géographie et de philosophie à l’université de Vincennes (où il a pour maîtres Y. Lacoste, F. Châtelet, G. Deleuze ou encore J.-F. Lyotard), lesquelles lui ouvrent la possibilité d’avoir une première expérience de terrain en Afrique dans le cadre d’une maîtrise, il se tourne vers l’anthropologie au niveau du doctorat en s’inscrivant à l’EHESS sous la direction de M. Godelier. C. Lévi-Strauss l’encourage alors dans son intention de s’intéresser aux Indiens d’Amérique du Nord. Entre 1979 et 1983, il effectue une série de longs séjours dans le Grand Nord canadien chez les Ojibwa septentrionaux, à Big Trout Lake précisément et dans les communautés avoisinantes dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Prenant le contre-pied des stratégiques explicatives de l’anthropologie dominante à l’époque dans l’interprétation de telles sociétés de chasseurs-collecteurs, à savoir un déterminisme tantôt écologique, tantôt historique, il a recours d’emblée à leur mythologique afin d’accéder au cœur de l’altérité culturelle à laquelle son ethnographie le confronte. Il s’appuie pour ce faire sur les méthodes développées par C. Lévi-Strauss dans Les Mythologiques et sur les résultats qui y sont accumulés (cf. Sous le signe de l’ours, mythes et temporalité chez les Ojibwa septentrionaux, 1988).

E. Désveaux poursuit sa réflexion en élargissant la perspective à un projet comparatiste à l’échelle de l’Amérique du Nord. Il s’agit de démontrer que la logique transformationnelle panaméricaine mise en relief par Lévi-Strauss vaut non seulement pour les mythes, mais aussi pour les rites, pour les objets et pour les organisations sociales. Si cela l’a conduit à s’intéresser particulièrement aux attendus épistémologiques du structuralisme lévi-straussien (en particulier aux quadrants, groupe de Klein et formule canonique des mythique), cela l’a conduit également à se pencher sur la parenté et à entreprendre une critique radicale des fondements de ce que ce qu’on appeler la « raison parentaire ».

Son livre Quadratura americana, Essai d’anthropologie lévi-straussienne publié en 2001 rend compte de cette réflexion. Il s’attache à l’heure actuelle à poursuivre la démonstration aussi bien au domaine des langues, tendant ainsi à renouveler la question des classifications linguistiques, qu’à celui de l’art en mettant au jour des continuités formelles entre différents styles tenus jusqu’à maintenant pour radicalement distincts (par ex. la Côte nord-ouest et les Plaines, ou encore les Pueblos et le grand Sud-Est). Il s’attache en outre, en collaboration avec Michel de Fornel, à mener la démonstration en parallèle dans le domaine des langues, tendant ainsi à renouveler la question des classifications linguistiques en Amérique. Tous ces travaux tentent de jeter les bases d’un méga-culturalisme qui renouerait sous certaines conditions avec la tradition anthropologique allemande, perspective critique développée dans son livre : Spectres de l’anthropologie, suite nord-américaine (2007).

E. Désveaux a contribué également, seul ou en collaboration, à la réflexion européaniste, s’inspirant dans certains cas d’expériences ethnographiques ponctuelles (sur les ouvriers d’une usine d’eau minérale) ou sur la tauromachie. Il s’est ainsi intéressé à la notion d’avatar, comme à celle de sacrifice, aux modalités de la dévolution patrimoniale (opposant un système fermé d’esprit paysan à un système ouvert d’esprit ouvrier), ou du mariage envisagé avant tout comme le déplacement de la femme de la maison paternelle vers celle du mari. À la suite de son séjour en Allemagne – qu’il considère avoir valeur de terrain ethnographique – il tend d’approfondir sa réflexion en intégrant la question de la différence culturelle à l’intérieur même de l’Europe. Deux corpus étayent sa réflexion en ce domaine, celui de l’architecture vernaculaire alpine d’une part, de l’iconographie féminine d’autre part. En parallèle à ce chantier spécifiquement européen, E. D. souhaite précisément tenter une synthèse globale de la diversité des cultures du monde qui s’articulerait autour de trois nuclei – Amérique, Australie et l’ensemble Africano-eurasien – chacun d’entre eux étant fondé sur une perception spécifique de la relation entre les sexes.

E. Désveaux a été directeur scientifique au musée du Quai Branly durant la phase de conception et de construction de l’établissement (2001-2006). Il est l’auteur d’une partie de la muséographie américaine et a dirigé la réalisation des outils didactiques multimédias situés au cœur de celle-ci (Regarder l’autre autrement et D’une langue à l’autre). Cette expérience l’a en particulier confronté à la difficile question du catalogue de musée, avec ses entrées définies, notamment en matière d’ethnonymie, mais aussi en matière de catégories descriptives, ce qui l’a conduit à s’interroger sur la performance des dispositifs actuellement en place et sur la possibilité d’en mettre d’autres place de nouveau, encore à inventer, de pertinence supérieure.

Sa familiarisation avec le monde des musées d’ethnographie non-européenne et de la problématique actuelle de leur rénovation ont nourri enfin ces dernières années sa réflexion sur ces thèmes et, plus globalement, sur celui du devenir de sa discipline dans un monde globalisé.