Établir une passerelle culturelle franco-chinoise.
Entretien exclusif avec Monsieur Laurent Croset, Délégué général de la Fondation Alliance française en Chine.

Présentation

Grande vitrine sur la langue française et école de référence pour l’enseignement du français, les Alliances françaises en chine ont plus d’un siècle d’histoire. Elles proposent des cours et des ateliers bien définis, préparés avec soin, et proposent une équipe de professionnels français et chinois diplômés de haut talent. Leurs méthodes d’enseignement sont uniques et en constante évolution. Les relations entre les Alliances françaises, le Ministère des Affaires étrangères français et le Ministère des Affaires européennes sont très serrées, ce qui prouve que le réseau des Alliances est une institution officielle et reconnue. Les certificats délivrés par les Alliances françaises en Chine sont reconnus par le Ministère de l’Éducation et par l’Association des Langues et Tests en Europe (ALTE). Les 15 Alliances françaises présentes en Chine favorisent la coopération entre la France et la Chine dans les domaines artistique et culturel par la diffusion de la langue et de la culture française.

En tant que Délégué général de la Fondation Alliance française en Chine et Directeur de l’Alliance française de Pékin, ainsi qu’avec sa riche expérience dans le domaine de l’éducation, Monsieur Croset se dit privilégié d’occuper ses fonctions et d’avoir l’opportunité de partager cette langue si belle qu’est le français, autant que la culture francophone qui s’y rattache. Il se dit également fier de travailler à une juste et noble cause.

L’Alliance française de Paris a été fondée en 1983 et avait à l’origine pour but de diffuser la culture française dans le monde entier. L’une de ses missions est d’enseigner le français aux personnes dont le français n’est pas la langue maternelle. En décembre 2009, le magazine Monocle a fait une enquête et une évaluation sur la qualité des institutions qui promeuvent la culture et l’enseignement des langues dans tous les pays du monde. C’est à la suite de cette enquête que notre magazine Going Abroad a eu l’idée d’inviter Monsieur Croset pour qu’il puisse partager avec nous sur le sujet des échanges culturels francos-chinois.

Entrevue

  • La chanson comme véhicule culturel

Quand on parle de la France, les chinois pensent en général immédiatement à la musique, notamment à Édith Piaf et plusieurs autres grands noms de la chanson.
Chaque année est organisé le festival de la francophonie, qui réunit de jeunes artistes au talent exceptionnel en laissant des souvenirs inoubliables aux plus de 20 000 spectateurs chinois qui viennent assister aux concerts. Pour chaque concert organisé, des groupes de musique chinois, et également de jeunes musiciens, sont invités à en faire la première partie. Les Alliances françaises organisent ainsi les concerts afin de montrer que le français est partagé par tous, que les deux cultures se côtoient et s’enrichissent mutuellement. Cette façon originale d’organiser les concerts en alliant musique française et musique chinoise est très appréciée des spectateurs.

Monsieur Croset pense qu’il est important, à travers ces concerts, de montrer aux chinois que le français n’est pas seulement parlé en France, mais aussi à travers le monde francophone et francophile.

  • La grande amitié franco-chinoise par la culture

Selon Monsieur Croset, plus de trente mille étudiants chinois partent étudier en France chaque année et environ cent mille étudiants chinois apprennent le français. Pour cela, 40% d’entre eux choisissent l’Alliance française. Selon lui, les chinois sont très ouverts sur le monde, ont toujours envie de le découvrir, de le comprendre ; ils ont le désir constant d’acquérir de nouvelles connaissances. C’est pourquoi de nombreux étudiants chinois connaissent bien la culture française.

À travers les trois grandes institutions que sont les Alliances françaises, l’Institut Français ainsi que l’Institut Confucius, la France et la Chine y ont naturellement vu une occasion de renforcer les liens culturels entre les deux pays. Durant la visite présidentielle du président Hu Jintao en France, les deux pays se sont mis d’accord afin d’augmenter le nombre d’échanges interuniversitaires, dans le but de favoriser la compréhension mutuelle entre les deux pays. Monsieur Croset croit que ce genre d’ententes a son importance parce que cela prouve le désir de rapprochement entre les deux pays.

Les Alliances françaises ont implanté depuis quelques années les nouvelles technologies en équipant d’abord ses salles de cours de tableaux interactifs. L’expérience démontre qu’il y a une meilleure communication entre les étudiants et les professeurs. Les étudiants ont également accès à un Intranet, un réseau permettant aux étudiants de communiquer de la maison avec leurs professeurs, ainsi de pouvoir discuter en temps réel avec ces derniers.

  • Gestion conjointe par une direction franco-chinoise

Le réseau des Alliances françaises est déjà bien implanté dans quinze villes chinoises, en incluant Hong-Kong et Macao. Chaque année, 25 000 élèves sont formés par l’AF, soit deux millions huit cent mille heures vendues chaque année. Apprendre le français devient, on le voit, de plus en plus le choix des jeunes chinois.

En fait, dans les treize Alliances en Chine continentale, il a été décidé qu’il y ait un directeur chinois et un directeur français. L’institution à Pékin est un cas particulier avec l’ajout d’un directeur-adjoint français et d’un directeur-adjoint chinois.

Une fois par semaine, les quatre directeurs se réunissent pour discuter de budget, de logistique et de pédagogie. Malgré les méthodes d’enseignement très françaises, la direction des Alliances françaises a le souci constant de s’adapter à la mentalité chinoise. Les conseils des directeurs chinois sont pour cela très précieux. Bien sûr, il arrive parfois quelques divergences de vues, mais dans le respect, l’équipe de direction trouve ingénieusement une solution aux problèmes ; le mot Alliance prend ici tout son sens.

  • Autofinancement et autonomie (fonctionnement indépendant)

L’Alliance française a la mission de diffuser et de promouvoir la langue française et les cultures francophones à l’international auprès de publics étrangers de tout âge. Le réseau mondial des Alliances françaises a été établi au début du vingtième siècle. C’est à ce moment que les comités du service de l’Alliance française de Pékin, Shanghai, Canton et Tianjin ont été fondés. Cependant, à la fin des années 1940, les Alliances ont progressivement disparues du territoire chinois. À partir de 1989, les autorités chinoises ont souhaité ouvrir le champ éducatif à une coopération avec les pays étrangers. La création des Alliances françaises a repris rapidement en commençant par Canton en 1989, suivie de Shanghai et de Pékin.

Dans le monde, les Alliances sont des associations. Les Alliances françaises de Chine répondent aux exigences du droit local chinois et sont régies par le statut des écoles de coopération sino-étrangère établi en 2003. Ce statut, qui associe chaque Alliance française de Chine à un partenaire universitaire local, comme l’Université des Langues étrangères de Dalian, l’Université du Shandong, l’Université normale de Nankin pour n’en nommer que quelques-uns, est unique au monde au sein du réseau des Alliances. Aujourd’hui, on compte tout près d’un millier d’Alliances françaises dans 133 pays qui accueillent chaque année un peu plus d’un demi-million d’étudiants à leurs cours de langue et 6 millions de personnes à leurs manifestations culturelles.

D’un autre côté, toutes les Alliances françaises de Chine sont des établissements à but non lucratif largement autofinancés. Les frais de fonctionnement sont couverts par les cours vendus. « Seul le salaire des directeurs français est payé par le Ministère des Affaires étrangères et le salaire des professeurs et les autres dépenses proviennent des ventes de cours de français », dit Monsieur Croset. De plus, si les opérations sont un succès, l’Alliance dépense de 5 à 10 pour cent du revenu annuel sur la mise à jour et l’amélioration des équipements. Monsieur Croset distingue deux volets à son mandat comme directeur de l’Alliance de Pékin. « Le premier volet c’est d’améliorer les opérations de l’Alliance dans tout le pays et de la moderniser. Le second, c’est de renforcer les liens entre les directeurs chinois et français de toutes les Alliances pour collaborer toujours plus étroitement. »
Monsieur Croset remercie ses partenaires de leur soutien constant. Tous les treize partenaires universitaires en Chine offrent un fort soutien à l’Alliance pour les travaux effectués et également pour les locaux qui lui sont alloués, pour la décoration et pour tout besoin essentiel au bon fonctionnement de l’institution. Quelques-uns ont même déjà exonéré le prix du loyer pour les six premiers mois. Cette aide a beaucoup impressionné Monsieur Croset. Grâce à cette formidable reconnaissance, l’Alliance française a pu et peut encore se développer constamment.

  • Des méthodes d’enseignement à la française

En Chine, contrairement aux apprenants dans les autres pays, les jeunes qui étudient à l’Alliance ont tous un projet pour étudier en France, pour immigrer en grande partie au Québec, ou pour se préparer à une vie professionnelle dans un environnement français.

Monsieur Croset n’a pas de charge d’enseignement à l’Alliance. Selon lui, bien apprendre le français, c’est d’abord le parler. « La raison pour laquelle beaucoup de jeunes chinois choisissent de venir chez nous, c’est parce que notre méthode est très différente. Nous encourageons fortement la participation en classe et nous donnons l’opportunité à chacun de communiquer avec ses pairs ; contrairement aux écoles dont la récitation par coeur des manuels est la norme. Cela rend les cours plus agréables et intéressants, permet aux apprenants de mettre en pratique les connaissances acquises et augmente ainsi leur intérêt porté à l’apprentissage de la langue française.

Après les exercices intensifs d’expression orale, les apprenants améliorent l’écrit par des activités de compréhension et de production de textes. Les quatre compétences (compréhension et expression orale et écrite) sont travaillées en classe dès le premier niveau. « Pour plus d’efficacité, les cours s’effectuent en petits groupes. » Selon Monsieur Croset, l’Alliance française, qui est différente des autres établissements d’enseignement du français qui n’enseignent que la grammaire, mise donc sur la communication, méthode d’enseignement à laquelle elle tient depuis déjà fort longtemps.

  • Encourager les jeunes à explorer les cultures étrangères

Mis à part l’apprentissage du français, l’Alliance française est aussi un organisme culturel. « Notre mission en Chine est de resserrer les liens entre la Chine et les pays francophones, notamment la France, en promouvant les échanges culturels.

L’Alliance française organise régulièrement et tout au long de l’année des activités cultuelles de toutes sortes telles que des défilés, concerts, expositions photographiques. De plus, elle met à la disposition du grand public plus de 45 000 livres et multiples documents sur la langue, la culture française et francophone.

Actuellement, sa mission répond particulièrement au besoin des chinois âgés de 20 à 30 ans qui souhaitent apprendre le français. Comme les jeunes de tous les pays, les chinois ont de grands désirs. Beaucoup d’entre eux espèrent étudier, travailler ou immigrer à l’étranger. L’Alliance leur donne la possibilité de réaliser leurs rêves. Avant de quitter leur pays natal, les apprenants de français peuvent avoir l’expérience de ce qu’est l’environnement culturel français et ainsi de pouvoir s’adapter rapidement à leur terre d’accueil.
Outre les étudiants, on retrouve également parmi ces jeunes gens des employés d’entreprises françaises dont la langue de travail est le français et qui souhaitent utiliser le français dans leur vie professionnelle au quotidien.

Selon Monsieur Croset, après avoir complété leurs cours, deux voies sont ouvertes aux étudiants chinois. La première est de continuer leurs études dans les pays francophones et la seconde de travailler pour les entreprises françaises. « Beaucoup de nos étudiants travaillent dans l’industrie de la mode. Dans un avenir non lointain, un designer naîtra sans aucun doute parmi nos étudiants », ajoute Monsieur Croset avec confiance.

  • En Chine, profiter d’une vie merveilleuse

Monsieur Croset vit en Chine depuis maintenant deux ans. Des quinze villes où l’on retrouve une Alliance française, c’est Pékin qu’il préfère. Il nous confie : « Ma famille et moi pensons que cette ville nous convient parfaitement. Tout le monde est vraiment enthousiaste. J’adore me promener dans les parcs pendant les week-ends. On y aperçoit toutes sortes de scènes intéressantes, de la vie quotidienne. Les chinois ont une vie très colorée. » À Pékin, il ne se sent jamais étranger. « Pour moi, les chinois ne me sont pas étrangers. Tous les visages me semblent familiers. Même si nos cultures sont différentes, je fais très attention à nos ressemblances, à ce qui nous rapproche. Je crois que le mot humour est ce qui décrit bien les chinois, tout comme il décrit le caractère des français. J’ai pris l’habitude de bavarder en chinois avec des chauffeurs de taxis et avec mes collègues chinois. Nous parlons ensemble de la vie quotidienne. » Pour cet homme qui en entrevue nous a apparu au premier instant fort sympathique, la Chine est à la fois moderne et traditionnelle.
Monsieur Croset une fois sa journée de travail terminée retrouve « [sa] femme et [ses] trois enfants [qui] apprennent tous le chinois, à raison de 4 à 5 heures par semaine. Maintenant, ils parlent la langue locale mieux que moi et quand ils ne veulent pas que je comprenne leurs discussions, ils choisissent de se parler en chinois. », Dit amusé Monsieur Croset.

Quand à son souhait pour les jeunes chinois : « Nous vivons dans une époque merveilleuse. J’espère que de plus en plus de chinois investiront en temps et en efforts dans l’apprentissage des langues étrangères, qu’ils exploreront les cultures de nombreux pays, en particulier la culture française. »

En Mars, la tradition « Mars en folie » se tient chaque année, annonçant la 17e édition de la Fête de la Francophonie en Chine. Monsieur Croset et son équipe sont de nouveau au rendez-vous !