©Xavier Beaurain

Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, vous avez été choisis pour représenter la France dans la tournée musicale Mars en Folie en Chine en 2013. Que cela représente-t-il pour vous ?

Hervé Poinas : C’est une opportunité unique dans notre carrière et je dois bien avouer que cela reste encore abstrait dans nos esprits…On doit se pincer pour y croire !!!

Nous avons déjà joué à l’étranger, mais toujours en Europe, jamais en Asie. Quand nous avons appris la nouvelle de notre sélection pour le Festival, nous étions comme des gamins à l’idée de partir pour une grande aventure. Nous sommes aussi très fiers de représenter la France dans un pays aussi fascinant que la RPC. Nous ferons tout ce qu’il faut pour être à la hauteur de la confiance et de l’honneur qui nous est accordé.

Comment est né votre groupe ? Quel est le secret de sa longévité ?

Hervé Poinas : Les Mauvaises Langues, c’est d’abord une histoire d’amitié. Bertrand, Philippe et moi nous nous connaissons depuis la fac, il y a presque 20 ans. Nous avons eu le parcours classique : des reprises au début pour les copains ou dans les bars, puis nous avons commencé à écrire nos propre chansons. En 1998, nous avons créer les Mauvaises Langues autour d’une idée simple : écrire et chanter des chanson en français, en privilégiant les textes et les mélodies. Nous ne nous sommes pas trop souciés de nous définir un univers musical bien précis. Les arrangements des chansons ont évolué au grès de nos envies parfois rock, parfois folk ou pop…

Sur cette base nous sommes partis sur les routes de France et presque 15 ans plus tard, après 5 albums et plus de 700 dates ensemble nous sommes toujours là.

Notre secret réside sans doute dans notre manière de fonctionner entre nous. Nous pratiquons pas mal l’autodérision et nous arrivons ainsi à mettre les égos de côté. Cela nous permet de rester soudés dans la durée. Parallèlement, nous avons tissé au fil des concerts un lien très fort avec le public qui nous supporte et nous suit depuis les premiers jours. La fidélité est aussi une chose très importante à nos yeux. Nous travaillons depuis le début avec le même label « Vérone Productions », les mêmes techniciens, le même distributeur…et cette manière dans le temps de concevoir les relations avec les autres nous a beaucoup servi pour développer des amitiés réelles et solides. C’est bien utile dans les périodes plus difficiles en permettant au groupe de tenir le coup.

Revenons sur deux chansons, très différentes, que vous interpréterez en Chine : Joyeux bordel et la Fontaine.

Joyeux Bordel

Le texte parle des manifestations dans l’esprit de se retrouver ensemble, autour d’une idée plutôt festive. Pourquoi ce choix ? Que voulez-vous montrer ?

Hervé Poinas : Nous aimons l’idée que nous avons tous en nous la capacité de changer un certain nombre de choses dans nos vies. Il suffit parfois de sortir simplement de nos habitudes et de ne plus se soumettre passivement aux injonctions de la société. Pourquoi devrais-je consommer tel produit ? Pourquoi suivre la mode ? Pourquoi ne pas exercer sur toute chose mon esprit critique ? Cette douce désobéissance, cette capacité à agir positivement sur le système nous ne l’utilisons finalement pas si souvent. Joyeux Bordel, c’est une invitation à faire bouger les lignes, pas en cassant ou en étant violent, mais plutôt en faisant collectivement ce que l’on a vraiment envie. Cette chanson ouvre l’album « ça manque un peu de chaleur » qui parle beaucoup du repli sur soi, de la montée de l’individualisme et du manque de solidarité. Joyeux Bordel est un peu une réponse à ce constat, une invitation à retrouver le goût de actions collectives et des manifs festives.

La musique est très influencée par la musique trad. Comment se sont construits les choix instrumentaux ?

Hervé Poinas : On avait envie de quelque chose de simple et efficace, comme une chanson de manifestation. A l’époque, nous jouions avec un violoniste, Nicolas, et il nous a proposé ce thème très simple mais qui reste bien dans la tête. C’est sans doute le jeu du violon qui donne cette couleur plus trad et festive.

Finalement, cette manifestation, c’est quoi ?

Hervé Poinas : C’est d’abord l’envie de faire la fête et ensuite l’envie de dire à pleine voix ce qui nous tient à cœur et parfois nous révolte…Cette culture de la manif, c’est sans doute une spécialité nationale, mais nous on aime plutôt ça que les gens se bouge pour une idée plutôt que rester passif chez soi !!

Les paroles de cette chanson sont écrites dans un registre de langue appelé argot. Qu’apporte l’argot à cette chanson ?

Hervé Poinas : Ce n’est pas vraiment un choix réfléchi, les mots sont venus comme ça. Peut être que le côté populaire de la chanson a guidé inconsciemment le texte dans cette direction.

Pouvez-vous nous éclaircir en traduisant en français courant la première strophe de la chanson :

Faut qu’ça balance, y faut qu’ça grince
Faut qu’ça fasse péter les coutures
Faut qu’ça avance même si ça coince
Et qu’ça craque aux entournures

Hervé Poinas : Très simplement, c’est une invitation a casser le carcan dans lequel on se sent trop souvent à l’étroit, faire grincer des dents, craquer les coutures qui nous oppressent, faire avancer les choses même s’il y a des difficultés, bref casser le moule dans lequel on voudrait nous enfermer.

La fontaine

Proche de la valse d’Amélie de Yann Tiersen, elle se démarque des autres chansons. Pourquoi une valse lente ?

Hervé Poinas : C’est une des chansons fétiches du groupe. Elle figure sur notre premier album et elle nous a toujours porté chance. Sa forme est une valse, nous la pensons comme une chanson de bistrot que l’on pourrait chanter avec les copains après quelques verres.

Où est cette fontaine ? Que représente-t-elle ?

Hervé Poinas : C’est un café qui existe vraiment dans une petite ville des Flandres, pas très loin de Lille : Le café de la Fontaine Saint Chrysole à Verlinghem. C’est ce que l’on appelle chez nous un estaminet, une ancienne ferme reconvertie en auberge. Nous y avons passé quelques bonnes soirées en tant que clients. C’est un lieu assez représentatif de ce que peut être la convivialité et la chaleur humaine dans le nord.

Parlez-nous des choix instrumentaux ? Le rôle de l’accordéon ?

Hervé Poinas : L’accordéon est un peu arrivé là par hasard, il faut bien l’avouer. En studio, nous cherchions une idée d’instrument pour jouer le thème et un copain nous a parlé de son père qui jouait de l’accordéon. On l’a appelé dans la foulée et on lui a demandé de jouer la mélodie pour que nous nous fassions une idée. Tout de suite, cela a sonné en donnant une couleur « rustique » à la chanson.

Pourquoi finir votre set sur cette chanson ?

Hervé Poinas : Elle est un point fort de la relation conviviale que nous essayons de tisser avec le public durant les concerts. Nous invitons les spectateurs à se prendre bras-dessus bras-dessous et à se balancer de gauche à droite. Cela donne souvent des « salles mouvantes », c’est très beau vu de la scène.

Propos recueillis par Rachel Blessig

DGAF Chine – février 2013