© JC Polien

« Je raisonne par histoires. Je raisonne par images », dit Jali. Peut-être ne faut-il pas chercher plus loin d’où vient son singulier talent, d’où vient son étonnante manière d’écrire les chansons. Qu’il raconte l’histoire de l’immigré clandestin ou celle du bonhomme vert enfermé dans un feu de signalisation, qu’il suive un couple de malfrats ou s’interroge sur le poids d’une âme, ses chansons sont tout en images et en événements enchainés – des histoires limpides, des images qui transportent.

Depuis le grand appel du large d’Espanola, son premier single, au printemps dernier, on a compris que ses yeux sont largement ouverts sur le monde, mais aussi son cœur. Toujours des histoires, toujours des images...

Évidemment, Jali avait beaucoup écouté de chansons avant d’en écrire. Siffler sur la colline sur les cassettes de papa en voiture, Fast Car de Tracy Chapman à l’adolescence, et puis une période rap, une période rock, une période musique africaine. Il ne songeait pas pour autant à chanter. « C’est venu lentement. Je suis né au Rwanda en 1988 mais j’ai grandi en Belgique depuis l’âge de deux mois. Je n’y suis retourné qu’en 2005 et je suis revenu deux ans plus tard pour faire mes études à Bruxelles. Jusque là, je pensais qu’il fallait savoir jouer d’un instrument pour chanter. »

Étudiant, il rencontre une bande de copains qui font de la musique. Il se procure une six-cordes d’occasion, tape « apprendre la guitare » sur internet et découvre ses premiers accords sur des transcriptions de Bob Marley et Tracy Chapman. « Quand j’ai réussi à faire mes propres suites d’accords, les textes sont venus tous seuls. Je suis bavard, j’ai de l’imagination, j’ai toujours plein de choses à raconter. »

En même temps, puisqu’il sait jouer un peu de guitare et chanter, il se trouve embarqué dans un groupe de reggae en lingala, français, swahili et anglais. « J’avais envie de raconter mes propres histoires. Alors, en parallèle, j’ai commencé à chanter en solo. »

À ses premières scènes, avec ses premières chansons, il décide de devenir Jali : « C’est le nom de la plus haute colline de Kigali, la capitale Rwandaise d’où vient ma famille. Mon prénom commence par J, Jali est une sorte d’anagramme de mon nom de famille... »

Et il éclot en auteur-compositeur-interprète dont on peut entendre autant l’admiration pour Lokua Kanza que l’empreinte de Georges Brassens, le souci de musicalité et l’obsession du sens... « La seule chose sur laquelle j’ai dû faire un effort, c’est sur les mélodies – ne pas faire de mélodies trop compliquées, faire qu’on puisse comprendre les chansons sans faire d’efforts. Simplifier le trajet des mots. »

Car ses chansons viennent le plus souvent des mots : une histoire qui surgit soudainement, une conversation, un copain qui raconte un film ou un roman, et Jali écrit. Certaines chansons naissent même sur son iPhone pendant ses trajets en métro. L’album a été coréalisé, d’une part, par Jali, Imani et Mike Toch sous la signature collective d’A.R.E Music, et, d’autre part, par Jean-Louis Piérot, membre des exValentins et réalisateur pour Alain Bashung, Miossec ou Renan Luce.

En même temps que Jali terminait son album, il est parti sur les routes en ouverture de la tournée des Zénith de Bernard Lavilliers. Chaque soir, la même aventure s’est reproduite : « Les gens sont sceptiques au début, très emballés à la fin. C’est un peu comme quand on drague : quand on sort de scène, on a le sentiment d’avoir séduit. » Voilà pourquoi il tient à donner des concerts au moment même de la sortie de son album : ses chansons sont faites pour être partagées, sont faites pour être montrées, contées, offertes. De telles chansons ne peuvent que continuer à se raconter.

Plus d’informations : http://aremusic.net/?artist=jali